15/02/2013

Far West. Film court.

On découvre parfois des pépites dans la masse des films courts qui affluent sur le net. Voilà un court-métrage assez ancien qui se déroule dans une campagne perdue, du côté de Chartres. Il est question d'homophobie, de folles et de coming out, de centrale nucléaire aussi et de petitesse d'esprit, mais surtout, il est question d'amour et de tendresse. le tout décliné avec beaucoup d'humour.

14/02/2013

Cadeau des dieux

Si tu as vu quelqu'un des garçons ayant la fleur la plus digne d'amour,
Tu as vu sans aucun doute Apollodote.
Si tu l'as vu, ô étranger, et n'es pas vaincu par des désirs

Brûlants, tu es, en vérité, ou un dieu ou une pierre.
Callimaque

Hors les murs, film de David Lambert


« Ces deux-là s'oublieront, ils s'en doutent, ils le savent et c'est peut-être cette indifférence à venir qui les attriste le plus... inventif et rigolo. » (Pierre Murat, Télérama)

Hors les murs est aussi fascinant qu'irritant et dérangeant : la brutalité de certains effets dramatiques sur lesquels le cinéaste a choisi de s’appesantir comme un voyeur, la maladresse avec laquelle le personnage de la petite amie de Paulo est dessiné, l'absence des autres dans la vie de ces deux paumés. On peut s'interroger aussi sur ce qu'ils sont vraiment. Est-ce l'amour fou, le coup de foudre qui les a réuni et rend le reste de l'univers transparent parce que ces deux s'aiment tellement fort ? leur relation se fait tellement exclusive que plus rien d'autre n'existe et ne peut exister, vouant les deux garçons au drame inexorablement. Une vision romantique d'un amour voué à la mort ? Le monde ne pardonne pas à ceux qui l'ignorent et s'en passent parce qu'ils vivent leur propre univers... Mais cela importe peu au final, tant l'expression des sentiments et des pulsions est violente au point de nous saisir comme si nous les vivions personnellement. 
 

Deux autres acteurs n’auraient sûrement pas apporté la même force à ce film dérangeant et attachant. Les deux protagonistes ont un jeu intense. Matila Malliarakis (Paulo) qui parvient à être à la fois énervant et touchant, jeune animal efféminé blessé par on ne sait quoi, cherchant un nid, et Guillaume Gouix (Ilir), très beau en protecteur fort et fébrile, qui commence le film en joyeux compagnon hédoniste et dévoile peu à peu des abîmes de peur et de violence. Jamais rien d'univoque dans leurs personnages, et leur attitude, leur comportement - leur apparence physique aussi - fluctuent tout au long du de l’histoire. Ils s'engagent, sans pudeur ni crainte, dans les contradictions insupportables de leurs personnages. Au fil des séquences, on s'aperçoit que les deux amants partagent un certain attrait pour la souffrance, l'un en fait un jeu, l'autre sa vie. C'est dérangeant parfois, mais on est captivé, ému et attentif à tous leurs mouvements, même dans ces moments-là.





L'émotion n'est jamais tronquée, édulcorée et cela fait du bien face à beaucoup de films qui étouffent à force d'être trop en retenue, les corps qu’il filme sont vivants, leur amour est bruyant, bancal, mouvant et lorsque, à la fin, après le départ de Paulo transformé par ses choix de vie, Ilir pleure sur le balcon de l'hôtel de luxe où ils se sont aimés une dernière fois, on ressent tout ce qu'il ressent. Il sait que leur amour est mort et qu'il est de nouveau seul... et on a envie de pleurer avec lui. Mais les meilleures scènes de Hors les murs sont sans conteste les visites de Paulo à Ilir en prison. L'oiseau blessé entre de plain-pied dans la réalité et celle-ci n'est déjà plus celle de son ami, ni celle de leur couple. Dans un face-à-face à haute tension, qui hésite entre plan cul empêché, fragments de discours amoureux cabossé et petits trafics pour faire passer un peu de shit à la barbe des gardiens, le film prend une incroyable densité.

« David Lambert n'a pas pour autant voulu provoquer, transgresser. . Hors les murs est l'autopsie d'une liaison vouée à la dissolution, si elle se distingue des autres c'est par l'honnêteté de la mise en scène, par la sympathie que suscitent finalement ces deux gamins qui apprennent ensemble à vivre, même si la première des leçons que la vie leur administre est qu'ils ne peuvent pas vivre ensemble. » (Le Monde)

Bonne Saint Valentin à tous ceux qui s'aiment !

Je n'aime pas beaucoup ces fêtes sur commande qui sont nombreuses ici. Mais la Saint Valentin échappe à mon agressive répulsion pour tout ce qui est de commande. L'amour est plus important que tout le reste. Aussi, l'empereur Hadrien souhaite tout l'amour du monde et qu'il soit durable à tous ceux qui s'aiment en ce 14 février. En cadeau, une petite compilation :

04/02/2013

L'air du temps.


On a beau faire, ce qu'il y a de naturel et de profond en nous ne peut demeurer longtemps étouffé sous les convenances, les usages et coutumes du monde dans lequel le hasard ou l'infortune nous font vivre. On se rase, on met une cravate, on laisse passer un vieux monsieur, on ouvre la porte à une dame... Pourtant parfois on n'a pas envie de se plier aux usages. pas envie de sourire quand on est mal ou en colère. pas envie de plaire quand on enrage de se coltiner aux convenances et aux usages de l'autre, sans savoir où est la part de sincérité, ce qui est vrai de vrai dans ses gestes, comme dans ses mots... Gilles a été pendant plus de dix ans mon meilleur, mon plus tendre, mon ami le plus proche. C'était avant que je sache combien les garçons m'attiraient et il me couvrait toujours lorsque le cœur d'artichaut que j'étais tombé amoureux devant une fille. Une autre encore, la première à chaque fois, l'unique, la bonne fortune, de celles qui ne peuvent arriver qu'une fois dans la vie d'un gars... Il supportait tout, comprenait tout à demi-mot et savait se taire - bien précieux en amitié. Il était toujours là pour moi. Les années passèrent. Nous nous sommes perdus de vue. Il dirige maintenant une succursale canadienne d'une des plus grandes banques françaises. Il a pris du ventre et ses cheveux se raréfient. 


Buveur de bière, coureur bien que marié, il est à l'opposé de ce que nous fûmes adolescents. Conservateur, étroit d'esprit, râleur et bonimenteur avec les filles. Et satisfait de lui. J'ai détesté les trois heures passées avec lui à Toronto dans le meilleur restaurant de la ville. J'ai fui dès l'addition, prétextant un avion à prendre pour un rendez-vous important à New York et l'ai planté dans le hall de l'hôtel où nous avons déjeuné. Par égard pour les deux jeunes et fringants garçons que nous avons été, par égard pour cette "bromance" du temps de nos dix-sept ans j'ai camouflé mon désarroi et ma colère mais j'enrageais tout au long du repas. Ne plus jamais lui faire signe, ne plus jamais lui parler ni le voir. Combien nombreux sont ceux qui pourtant nous furent proches et emplirent avec délices notre vie d'avant et ne sont plus quand on les revoit que des pantins difformes à l'esprit vulgaire ou grossier... 
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